J'ai été élevé avec cette philosophie: La vie c'est un combat donc j'ai hérité de ça. J'ai su très tôt que je voulais faire de la musique et mon message ne pouvait pas être différent de ce que j'ai fait là parce que je suis comme ça et mon éducation est comme ça.
C'est vrai que l'album est très sombre. Ca aurait pu être plutôt négatif mais sur mon album le résultat est positif. C'est vrai que la vie est dure et c'est ce que je représente le mieux.
La soul, le blues, c'est quelque chose qui me coule dans les veines. J'ai vraiment pris le temps d'étudier la musique. Je respecte trop la musique pour faire un truc à la va-vite.
On m'a donné la chance de faire un disque alors j'ai voulu honorer... peut être que je vais loin dans mon délire mais des gens comme Marvin Gaye, Donny Hathaway.
Je n'ai pas envie qu'ils aient existé pour rien et le patrimoine qu'ils m'ont laissé, j'essaie de m'en servir à bon escient.
Ce que j'ai essayé de faire, ça m'a pris ce temps-là. Aujourd'hui, quoiqu'il arrive, c'est mon album et j'en suis super fière.
Quand j'avais 17 ans, je prenais des billets de train pour aller représenter dans les tremplins avec mes textes dans le sac à dos. J'aime cette énergie hip hop. La soul et le hip-hop sont super proches quand on y réfléchit bien. Les premiers instrus de rap, c'étaient des boucles de sample de soul.
En faisant appel à Sinik, Soprano, Luciano (Le Rat), même Kenny Arkana qui figure sur un morceau qui n'est pas sur l'album mais qui y sera plus tard, c'est comme si ils rappaient pour moi. Ils ont écrit des textes que j'aurais écrit si j'avais continué à rapper.
Quant à Sinik, je l'ai rencontré il y a 8 ou 9 ans à Cannes. J'avais rencontré Diam's aussi il y a longtemps. On s'est recroisés ensuite. Il y a eu le street cd qui m'a mis une claque et je lui ai demandé de participer. Il est venu avec son coeur.
Ça s'est super bien passé. Je leur ai fait écouter Ecorchée vive et ça avait l'air de leur parler. Ils ont écrit sur Ecorchée vive en fait. On est ensuite parti en studio et on a exploité les voix à notre manière parce que dans un premier temps c'était prévu pour que ce soit un remix d'Ecorchée vive mais comme c'est une chanson assez atypique, on s'est dit finalement qu'on allait le garder comme ça.
C'était une sacrée rencontre, les mecs sont trop dedans quoi ! Ils se sont mis derrière le micro et ils ont tout déchiré !!
Franchement j'en ai un bon souvenir et je suis super fière de les avoir sur disque.
C'est pas grave de morfler, d'être éprouvé par la vie si on en fait de bonnes chansons.
Mais la chose la plus difficile? Je crois que tout est difficile. L'art est difficile quand on est exigeant avec soi même, je le suis et c'est peut être pour ça que ça a mis autant de temps et que je n'ai pas rebondi après Destinée. Je pense qu'il faut prendre le temps de faire les choses surtout pour un premier album.
Si tu comptes t'installer dans le temps, ce sera quand même ta carte d'identité alors j'avais envie de m'impliquer.
A la base, je faisais du rap dans le 06, je représentais Nice à fond.
Après j'ai réalisé que la musique est universelle.
J'ai toujours ça en tête quoi qu'il arrive. S'il y a des portes qui s'ouvrent, je les franchirai. Pour l'instant j'ai le temps, je prends le temps de bien faire les choses.
Il y a aussi des choses que je n'ai pas dites dans mon album. Je travaille toujours, j'ai toujours un petit cahier sur moi. Je pense que la vie te souffle tes chansons mais aussi un discours et des gens que tu te dois de rencontrer. Je vois la musique comme un combat. Si il faut que j'aille exister sur scène et que les gens viennent me voir sur scène, s'il faut que je fasse un truc alternatif, c'est pas grave !
Si je vends seulement 10 000 exemplaires de mon album, c'est pas grave, au moins j'existe telle que je suis ! Même dans l'indifférence, je ne pense pas qu'on ne puisse pas exister.
T'es seul face à ta feuille blanche, c'est une introspection sur soi, tu vas chercher au plus profond de toi, quitte à ce que ça te fasse mal.
Après en live, quand j'interprète une chanson je suis à fond dedans. Mais une fois que tu ouvres tes yeux, tu as le public en face de toi. Il y a une interactivité que tu n'as évidemment pas en studio et qui te portes, qui t'aide à te surpasser quoi....t'atteints des notes....c'est magique ! Ca me manque énormément !
Si le disque marche j'aurais peut-être l'occasion de partir en tournée. Quoiqu'il arrive, même s'il faut partir en guitare-percu dans des salles de 10 personnes, j'irai !
C'est clair que quand t'as une voix, que tu chantes et que t'es dans le milieu hip hop, t'es vite tenté de chanter des choses simples mais c'était pas ma vie. Il fallait que je me cherche encore plus. C'est pour ça que ça a pris le temps que ça a pris. J'ai été influencée aussi par Marvin Gaye avec l'album What's Going On, qui est justement gravé dans mon dos (Kaynaporte une veste camouflage avec écrit «What Going On» au dos).
J'aime aussi beaucoup Stevie Wonder.
Je dévore tout ce qui concerne, la soul, la musicalité, la profondeur de l'âme, le blues. Tu me mets un mec qui chante à la guitare : I got the blues, je deviens ouf ! C'est un truc qui me possède. Même si aujourd'hui on me dit : "Tu trouves pas que c'est un peu risqué de te lancer dans la soul", j'en ai rien à foutre, c'est ça qui me transporte !
Aujourd'hui, j'ai le premier album de Wallen, celui de Corneille. J'aime bien aussi ce que fait Amel Bent. Après il y a un discours un peu Bling Bling qui me parle pas forcément dans tout ce qui se fait en France. Ça ne me transporte pas !
La musique c'est une thérapie et ça m'a fait du bien de me confier à la musique.
Maintenant si demain j'ai besoin de dire : "Ce matin je me sens bien", pourquoi pas ! Mais je ne trouve pas intéressant de chanter ce genre de choses. Je trouve que le bonheur se vit, c'est tout !
Kayna Samet : Oui ! Parce que j'ai l'impression de faire exister ma douleur. J'ai l'impression qu'elle est palpable et que je l'ai posée dans un coin. Même si elle reste toujours là.
Comme je le disais tout à l'heure, je suis peut être triste, je suis peut être écorchée vive, mal dans ma peau, c'est parce que j'ai vu des trucs hardcore, même si c'était pas le goulag chez moi !
Mon père n'a pas été là, ma mère devait se lever à 6h du matin. Si elle se ne levait pas, il n'y aurait rien eu dans le frigo. C'est vrai que je viens de Nice mais le soleil ça remplit pas le frigo, ça paye pas les factures !
Au départ je chantais, je faisais des petits concours de chansons françaises. Dans ma ville, on me jetait parce que j'avais une couleur qui ne convenait pas. Forcément je me suis tourné vers le hip hop parce que j'avais la rage et cette rage je la garde.
Je me dis aujourd'hui que quand on part d'en bas on n'est pas aidé et c'est ça le discours que j'ai envie de dire aux jeunes.
Le mec qui a envie d'ouvrir une boulangerie, faut pas qu'il lâche le steak !
Y'a des profs qui m'ont dit "mais avec ta musique, tu crois vraiment que tu vas y arriver?".
Aujourd'hui, je suis là et c'est pas par hasard. Je n'ai pas claqué les doigts pour être là, j'ai travaillé trois ans, j'ai fait un disque et c'était dur. On parle aujourd'hui de format, je suis peut-être pas dans les temps, c'est bientôt l'été, mon morceau est trop sombre mais c'est pas grave ! C'est comme ça que j'existe! Et voilà, je lâche pas le steak!
Il avait rassemblé ce que j'appelle la communauté : tous les gens qui m'avaient suivi sur des featurings, qui attendaient de mes nouvelles et qui attendaient mon album. Ils sont tous sur ce site.
Ils parlent entre eux, ils sont super respectueux. Enfin, voilà! Je les aime!
J'ai découvert le site environ 8 ou 9 mois avant que l'album ne sorte. Les derniers mois de la préparation de l'album, ça m'a trop aidé. Ils m'ont beaucoup encouragé.
Ils m'ont donné de la force et du courage.
Il y a trop de monde sur Internet qui cherchait à savoir ce que j'étais devenue. C'est super important pour moi.
Parce qu'il y a des médias qui ne passent pas ton morceau, qui ne parlent pas de toi mais Internet, c'est le peuple! C'est le mec qui est dans sa chambre.
Il n'en a rien à foutre que tu passes à la radio ou pas. C'est juste qu'un jour tu l'as touché et il va demander si t'es encore là, ce que tu fais? Ca me touche vraiment Internet et je fais un gros bisous à tous les internautes de Skyrock et merci de m'encourager.
A tous les gens qui cherchaient à savoir ce que j'étais devenue et bien je suis là!