Elle a commencé à chanter quand elle était petite, disons à l'âge de 10 ans, en cours de musique en 6ème, il y'avait une représentation à la fin de l'année, il fallait un solo, et la prof trouvait qu'elle chantait juste, donc elle s'y est collée... A l'époque, ses copines lui demandaient de chanter les chansons qui passaient à la radio...
Puis premiers essais au sein des groupes de rap locaux, d'abord en tant que choriste, puis en tant que rappeuse, le temps de se rendre compte que ça bouillonne bien trop en elle pour qu'elle puisse se contenter longtemps de jouer les utilités. Premières maquettes, financées à coup de petits boulots, premières K7 dupliquées sur son poste à la maison, premières scènes, et puis un jour le téléphone qui sonne. Akhénaton, qui lui propose de venir à Marseille enregistrer un morceau pour une compilation... Le dit morceau ne verra finalement pas le jour. Qu'à cela ne tienne, les revers ne font que renforcer sa détermination. Elle se choisit une nouvelle identité. Désormais elle sera Kayna Samet, en hommage à Kahina, reine des Aurès, ainsi qu'à sa grand-mère maternelle. Quelque temps plus tard, elle rencontre Matt sur un plateau TV, qui l'invite à lui donner la réplique sur son deuxième album « RB 2 rue » le temps d'un duo intitulé «Le Prix A Payer», puis à ouvrir pour lui sur toute sa tournée. Entre temps, Kayna a signé avec le label Voix Publik et a commencé à travailler sur l'écriture de son premier album, en fédérant autours d'elle une équipe de musiciens, Anaqroniq. Elle commence alors un long travail, trois ans passés à définir et affiner l'identité artistique du projet. Alors que jusqu'ici elle balançait entre rap et chant, Kayna opte à ce moment définitivement pour cette dernière option. Mais du rap, elle conserve tout de même un solide bagage : des cadences, une manière de se poser sur la musique, et surtout un parlé, cru et sans faux-semblant, qui en fait le pendant direct des meilleures plumes du genre. Booba ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui après avoir entendu «Blazée d'la life», son seul titre solo sorti dans l'intervalle, lui demande d'évoquer avec lui sa «Destinée». Ça tombe bien, de tous, il est sans doute celui dont elle se sent le plus proche, pour sa noirceur et sa mélancolie. Comme lui, elle écrit à la première personne, cash, direct, quitte à inclure certains anglicisme, et privilégie une certaine forme de spontanéité, une écriture en première intention, à vif, écorchée, brute mais jamais vulgaire. Ses mots fleurent bon le bitume. Porte-voix des sans-voix, elle chante la « Sous-France » des quartiers, les frustrations d'une génération sacrifiée, la révolte et la rage d'une jeune fille maghrébine vivant en France, écartelée entre deux identités parfois contradictoires, « entre 2 je », et qui s'éfforce de surmonter les nombreux obstacles et coups durs, sans jamais baisser la tête ni céder au découragement. La plupart du temps, ses textes ont de solides fondements autobiographiques, qu'elle évoque, « En mal d'amour », « Toi qui sais », l'absence de son père « Celui que j’voulais », l'éloignement forcé avec son frère, « Le barreau des coeurs », ou l'implacable routine du quotidien « Blazée d’la life », « A l'arrache », mais en quelques occasions, elle se frotte aussi à la fiction, pour évoquer la dure condition des siens (« Sous-France ») ou la violence conjugale, Besoin de renaître ». Quel que soit le contexte, elle parvient à croquer en peu de mots la situation, à nous faire partager ses états d'âme et ses émotions.